L'essentiel
MarocLe thé vert vient de Chine. Offert aux sultans dès le XVIIIe siècle, il ne devient la boisson de tous les Marocains qu'au XIXe siècle.
- 1Origine : thé vert de Chine, importé par des marchands européens, surtout anglais
- 2Diffusion : à la cour sous Moulay Ismaïl, dans les villes entre 1830 et 1860, dans les campagnes à la fin du XIXe siècle
- 3Recette : thé vert gunpowder, menthe nanah fraîche, sucre, servi de haut dans une théière berrad
- 4À Marrakech : une théière au café ou en terrasse de la médina de 10 à 40 dh
Le thé à la menthe n’a rien d’ancestral : le thé vert vient de Chine et ne s’est répandu au Maroc qu’aux XVIIIe et XIXe siècles, apporté par des marchands européens. Les Marocains y ont ajouté la menthe et le sucre, et en ont fait en un siècle la boisson de l’accueil, servie partout et à toute heure.
Voici ce que l’on sait de son histoire, ce qui relève de l’hypothèse, puis le rituel, la recette et quelques adresses de Marrakech pour le boire.
Avant le thé, les infusions
Pendant des siècles, les Marocains boivent des infusions de plantes : menthe fraîche, absinthe (chiba), verveine, thym. La menthe pousse partout dans le pays. Ce qui manque, c’est le thé lui-même : le Maroc n’en a jamais cultivé et l’importe encore aujourd’hui, presque entièrement de Chine.
L’arrivée du thé : de la cour du sultan aux villes
Un cadeau des ambassades, au XVIIIe siècle
Les premières mentions placent le thé à la cour du sultan Moulay Ismaïl, qui règne de 1672 à 1727. Il arrive avec le sucre dans les présents des ambassades européennes, notamment anglaises, qui négocient la libération de captifs. Le thé reste alors un luxe du palais, réservé au souverain, aux princes et aux hôtes de marque. À la fin du XVIIIe siècle, un chirurgien anglais reçu à la cour de Mohammed III le voit encore servi dans de petites tasses de porcelaine.
Dans les villes au XIXe siècle, par les ports
Le grand changement a lieu au XIXe siècle. Selon les historiens Abdelahad Sebti et Abderrahmane Lakhsassi, auteurs d’une histoire du thé au Maroc (Min al-shay ila al-atay, « Du thé à l’atay »), la boisson gagne largement les villes entre 1830 et 1860, puis les campagnes à la fin du siècle. Le thé et le sucre arrivent par les ports de l’Atlantique et du détroit, en premier lieu Mogador, l’actuelle Essaouira, et Tanger, où les maisons de commerce anglaises sont très présentes.
L’adoption ne se fait pas sans résistance. Des oulémas condamnent ce produit venu des chrétiens : un juge de Fès et de Meknès, mort en 1826, refuse d’entendre en témoignage les buveurs de thé. L’opposition s’éteint à mesure que la boisson se répand dans toutes les classes de la société.
La menthe et le sucre, la touche marocaine
Ce que le Maroc invente, c’est le mélange. Au thé vert importé, on ajoute la menthe fraîche des infusions d’avant et beaucoup de sucre, longtemps acheté en pain et cassé au marteau. Le thé devient atay, et le geste se fixe : il accompagne l’accueil, la négociation, les repas de famille, la pause à la terrasse d’un café. Les caravanes et les commerçants l’emportent ensuite jusqu’en Mauritanie et en Afrique de l’Ouest, où il garde le nom d’ataya.

Ce qu’il y a dans la théière
Le thé vert gunpowder
Le thé marocain se fait avec un thé vert de Chine dont les feuilles sont roulées en petites perles : le gunpowder, « poudre à canon » en anglais, à cause de leur forme. Il vient pour l’essentiel de la province du Zhejiang. Le Maroc est aujourd’hui l’un des premiers importateurs mondiaux de thé chinois, souvent cité comme le premier en valeur ces dernières années.
La menthe nanah
La menthe du thé est la menthe verte (Mentha spicata), appelée nanahMenthe verte, la plus utilisée pour le thé au Maroc. Elle se vend en grosses bottes chez les marchands d’herbes des souks, à côté de l’absinthe, de la verveine (louiza) et de la sauge. En hiver, beaucoup de familles ajoutent une branche d’absinthe au thé ; à la montagne, chacun a son mélange d’herbes.
La théière berrad et les verres
La théière marocaine en métal argenté s’appelle le berradThéière marocaine en métal, posée directement sur le feu. Elle va sur le feu, ce qui permet de chauffer le thé avant de le servir. On sert dans de petits verres, souvent décorés, posés sur un plateau. Autour de ce service s’est développé tout un artisanat, visible dans les souks de dinandiers de Marrakech : théières, plateaux, boîtes à thé et à sucre, braseros.
Le rituel du service
Chez soi, c’est souvent le maître ou la maîtresse de maison qui prépare le thé devant les invités. Le geste le plus connu est le service de haut : on lève la théière en versant, ce qui aère le thé et forme une mousse en surface. Un thé sans mousse passe pour un thé mal fait.
On sert généralement trois verres, sans hâte. Un dicton souvent attribué aux nomades du Sahara les décrit ainsi : le premier est doux comme la vie, le deuxième fort comme l’amour, le troisième amer comme la mort. Refuser le thé n’est pas une offense grave, mais accepter au moins un verre est la réponse la plus courtoise, chez un particulier comme dans une boutique des souks.
La recette du thé à la menthe
Pour une théière d’environ 75 cl :
- Faites bouillir l’eau. Ébouillantez la théière vide pour la chauffer.
- Mettez une cuillère à soupe de thé gunpowder dans la théière, versez un petit verre d’eau bouillante, faites tourner une minute puis jetez cette eau : elle lave le thé et retire une partie de son amertume. Certains gardent ce premier verre, plus concentré, et le reversent à la fin.
- Remplissez la théière d’eau bouillante, ajoutez le sucre (de 4 à 6 morceaux selon votre goût, les Marocains le prennent très sucré), puis enfoncez une belle botte de menthe lavée.
- Laissez infuser trois à cinq minutes, sur feu très doux si votre théière le permet, sans faire bouillir la menthe.
- Versez un verre et reversez-le dans la théière, deux ou trois fois, pour mélanger le sucre. Goûtez, ajustez, puis servez de haut.
Où boire un bon thé à Marrakech
Le thé se boit partout, du café populaire au riad. Comptez de 10 à 40 dirhams (de 1 à 4 € environ) la théière selon le lieu, d’après les guides publiés en 2026 : le prix le plus bas dans les cafés de quartier, le plus haut sur les terrasses touristiques.
Café des Épices (Rahba Kedima, médina)
Sur la place aux épices, au cœur des souks, ce café a une terrasse qui donne sur le marché. On y vient pour une pause thé entre deux souks.
Où : 75 Rahba Lakdima, à 10 minutes à pied de la place Jemaa el-Fna.
Quand : tous les jours de 9 h à 23 h.
Le Jardin (souk Sidi Abdelaziz, médina)
Un restaurant installé dans le patio planté d’une maison ancienne de la médina, sans alcool. Le thé à la menthe y est souvent cité par les clients, au calme, à l’écart du bruit des souks.
Où : 32 souk Jeld Sidi Abdelaziz, à 5 minutes à pied de la place Jemaa el-Fna.
Pâtisserie des Princes (rue Bab Agnaou)
Une pâtisserie marocaine connue pour ses cornes de gazelle, avec un salon de thé au fond. Pratique pour un thé et quelques gâteaux à deux pas de la place.
Où : 32 rue Bab Agnaou, près de la place Jemaa el-Fna.
Quand : tous les jours, dès 6 h.
Le thé accompagne aussi le petit déjeuner (voyez nos adresses de petit déjeuner à Marrakech) et termine presque chaque repas. Pour savoir quoi manger avec, voyez notre sélection des spécialités culinaires de Marrakech.
À découvrirLa médina et la place Jemaa el-FnaQuiz vrai / faux
Le thé marocain en trois questions
Questions fréquentes
Quelle est l'origine du thé à la menthe marocain ?
Le thé vert vient de Chine ; la menthe pousse au Maroc depuis toujours et s'y buvait en infusion. Le mélange des deux naît quand le thé, importé par des marchands européens, se répand au Maroc aux XVIIIe et XIXe siècles.
Qui a inventé le thé à la menthe ?
Personne en particulier. Les Marocains ont ajouté au thé vert importé la menthe et le sucre qu'ils utilisaient déjà. La boisson s'est fixée dans les villes au XIXe siècle, puis s'est diffusée dans les campagnes et jusqu'en Afrique de l'Ouest.
Depuis quand boit-on du thé au Maroc ?
Le thé est attesté à la cour du sultan Moulay Ismaïl (1672-1727), offert par des ambassades européennes. Selon les historiens Abdelahad Sebti et Abderrahmane Lakhsassi, il gagne largement les villes entre 1830 et 1860 et les campagnes à la fin du XIXe siècle.
Quel thé utilise-t-on pour le thé marocain ?
Un thé vert de Chine roulé en petites perles, le gunpowder. Le Maroc ne cultive pas de thé : il est l'un des premiers importateurs mondiaux de thé chinois.
Pourquoi sert-on le thé de haut ?
Verser de haut aère le thé, mélange le sucre et forme une mousse en surface, signe d'un thé bien préparé. Le geste fait aussi partie de l'accueil.
Peut-on refuser un thé au Maroc ?
On peut, mais le thé est le geste d'hospitalité par excellence. Accepter au moins un verre est la réponse la plus courtoise, même si l'on n'en boit qu'une gorgée.


